Plage de Goleta en Californie
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Mon Grand Saut dans le Vide : le jour où j’ai pris cet avion pour la Californie

Qu’on se le dise : partir, ce n’est pas simple, surtout lorsqu’on a 20 ans et très peu confiance en soi. Ceux qui ont décidé un jour de tout quitter pour une durée longue ou indéterminée vous raconteront probablement la même chose : la nuit blanche qui a précédé le grand départ, le moment de doute pendant le trajet vers l’aéroport, la boule au ventre devant le panneau d’affichage des vols… Mais aussi l’excitation qui prend le dessus sur la fatigue et la sensation unique, indescriptible de devenir pleinement maitre de son destin. Retour sur cette expérience qui a changé ma trajectoire de vie.

Un an aux Etats-Unis en tant qu’étudiante

En 2012, j’ai été acceptée à l’université de Santa Barbara (Californie) par le biais d’un programme d’échange et de mobilité internationale. La durée de cet échange était d’une année universitaire, de septembre 2012 à juin 2013. Grosso modo, cela consistait à troquer une année d’étude dans nos vieilles universités françaises toutes cracra, (surtout quand on est en fac de lettres et sciences humaines, les vrais comprendront), contre une année en université américaine flambant neuve, sans avoir à s’acquitter des frais de scolarité exorbitants outre-Atlantique.

Le rêve ? En ce qui me concerne, oui et non… Tout d’abord, non, car je me rappelle m’être interrogée sur ce besoin compulsif qu’avaient certains étudiants de s’inscrire à ces programmes d’échange, dès leur deuxième année universitaire… Pourquoi vouloir partir à tout prix ? Et se retrouver à suivre des cours dans une langue totalement étrangère ? Déjà qu’on galère suffisamment avec les cours en français, à quoi bon se torturer en suivant des cours qu’on ne comprend pas ? Le cauchemar ! On est bien en France… qu’y a t-il de mal à vouloir faire ses études uniquement en France ?

Mais ça c’était avant… Avant de voir les photos publiées régulièrement sur Facebook par une copine qui avait franchi le pas, vivant son rêve californien à Santa Barbara. Avant de me dire : « Après tout, si une copine de promo l’a fait, pourquoi pas moi ? ». Petit à petit, ce « non » ferme et teinté d’angoisse se transformait en « peut-être ». Puis les images défilant des plages sablonneuses de Californie, des étudiants vêtus de tee-shirts toute l’année, de leurs road-trips improvisés eurent finalement raison de mes barrières personnelles. Allez, je tente ma chance !

Pourquoi j’ai décidé de partir

« Dis, pourquoi tu pars ? » : cette question m’a été posée un million de fois. Par de la famille, des amis, des amis d’amis, par les responsables du programme d’échange dans mon université d’origine, par l’ambassade américaine, le voisin, le boulanger, le fils du boulanger… (Ok j’exagère !). Quoi qu’il en soit, je crois avoir donné des réponses différentes à chacun, mais jamais LA vraie réponse.

A ce stade de ma vie, je pense que j’avais besoin de partir… pour partir. Tout simplement. Pour rompre définitivement avec ma vie d’avant qui ne me convenait pas, pour la réinventer ailleurs, réécrire l’histoire sur une feuille vierge. Pour me sevrer aussi, et commencer à faire mes propres choix en tant qu’adulte, sans être aiguillée par qui que ce soit. Pour être enfin libre de remplir mon existence comme bon me semblait, sans avoir à me soucier de l’avis des autres. Et puis tout ça sous le soleil californien, il y avait pire comme destination !

Bien entendu, sur le papier, les raisons étaient totalement différentes : nourrir mon futur projet professionnel, avoir accès à des cours différents pour enrichir mon cursus, m’immerger dans une nouvelle culture, maitriser parfaitement l’anglais blablabla… Tout ça, c’était du charabia. Du charabia nécessaire, mais du charabia quand même.

Non, je ne partais pas pour mes « futurs projets professionnels » : je n’en avais aucun ! Je ne partais pas pour l’anglais, j’étais une quiche en anglais, j’avais même la phobie des langues après des années de torture à l’école car je ne participais pas en classe. M’immerger dans un nouveau pays, une nouvelle culture ? Tu parles ! J’avais la trouille ! Non, je partais pour moi. Ce programme d’échange était juste une excuse, une porte de sortie pour démarrer une nouvelle vie et changer mon destin. Je n’étais pas prête, j’étais terrifiée, mais je sentais au fond de moi qu’il fallait que je parte. Comme si je n’avais pas le choix. C’était plus fort que moi et je n’aurai jamais su l’expliquer à l’époque, à qui pouvait l’entendre.

Un an de préparation : le parcours du combattant

Il m’a fallu un an pour préparer ce départ. Un an, ni plus, ni moins. Autant dire que j’avais du mal à voir le bout du tunnel, et que le doute m’envahissait régulièrement sur mes capacités et ma légitimité à rejoindre ce programme.

Pour résumer, j’ai commencé les démarches en posant ma candidature au mois de septembre ; je n’ai eu la confirmation de mon acceptation qu’au mois de mai suivant. Entre les deux, c’était la tempête permanente dans mon cerveau. Vais-je y arriver ? Pourquoi moi plutôt qu’un(e) autre ? Vont-ils finir par comprendre que je les baratine avec mon faux projet professionnel ? Vont-ils s’apercevoir que je parle anglais comme une vache espagnole ? J’ai même failli renoncer. Tout arrêter en cours de route, car je ne me sentais pas du tout à ma place. Je ne sais plus à qui je me suis confiée à ce moment précis sur mon désir de battre en retraite, mais je serai infiniment reconnaissante à cette personne pour m’avoir empêchée de faire cette connerie. Elle aura été un jalon décisif sur la courbe de mon destin.

Je me suis accrochée. J’ai obtenu un score au TOEFL tout juste suffisant pour pouvoir être admise en université américaine. Quand je dis tout juste suffisant, c’était vraiment à un point près. Si ce n’était pas un signe du destin, je ne sais pas ce que c’était… Et finalement, le verdict tombe : je suis acceptée à l’université de Santa Barbara (UCSB) pour l’année 2012-2013. Restait à préparer réellement mon départ (visa, billets d’avion, logement sur place, paperasse et encore paperasse) mais aussi à me préparer psychologiquement : je partais en terre étrangère pendant un an !

Derniers au-revoirs…

Nous y voilà. Le moment tant attendu, mais aussi tant redouté : le jour du grand départ. Je me rappelle encore de la nuit que j’ai passé juste avant de prendre cet avion : je défaisais et refaisais frénétiquement ma valise, repassais au crible tout mes documents indispensables, tournais en rond dans ma chambre comme un lion en cage… qui s’apprêtait à rentrer dans l’arène. J’essayais de ne pas penser, de « faire le vide » dans ma tête, comme avant de passer un examen ultra-important. J’avais l’impression que je m’apprêtais à sauter dans le vide, avec un tout petit parachute. Ce petit parachute, c’était ma valise, mes affaires personnelles qui allaient m’accompagner dans cette aventure. Sauf que je n’arrivais pas à la fermer, cette fichue valise… !

Au fond, je ne réalisais pas, et ce n’était peut-être pas plus mal. J’ai dis au-revoir à des amis comme si j’allais les revoir les jours suivants. Je me suis assise face à la mer, devant ce paysage que j’ai toujours connu, et j’ai tenté de lui expliquer que je partais. Où plutôt étais-ce moi même que j’essayais de convaincre.

Enfin, l’ultime trajet vers l’aéroport. Je ne parlais plus. J’étais fébrile, impatiente (d’en finir avec les au-revoirs, j’ai toujours détesté cela), exténuée de n’avoir pas dormi, terrifiée, pas prête, tourmentée par 1001 questions dans ma tête. Mais je partais. C’était mon choix, et c’était le moment de l’honorer. Une année entière pour me conduire à ce moment précis : mon envol vers la liberté. Je fermai les yeux au moment du décollage… Et voici là où j’étais lorsque je les ai ré-ouverts : Santa Barbara, Californie.

Vue de Santa Barbara depuis les collines de Santa Ynez

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